Interview Fientje Moerman, ministre flamand de l'Economie
"Il y a encore de l'espace pour l'industrie en Flandre"
La libérale Fientje Moerman (46) est ministre flamand de l'Economie, des Entreprises, de la Science, de l'Innovation et du Commerce extérieur. Après l'élection du Parlement flamand, elle est passée du ministère fédéral des Affaires de l'Economie à la rue de la Loi vers la place des Martyrs à Bruxelles, où siège le gouvernement flamand. Le portefeuille est peut-être similaire, la perspective est bien différente. En outre, Fientje Moerman est vice-ministre président, ce qui l'oblige à s'occuper fréquemment de dossiers politiques qui tombent en dehors de ses compétences directes. Nous nous sommes entretenus avec le ministre de la politique belge et flamande pour l'industrie, l'énergie et l'environnement.'
TEXTE: ANTON BUYS | PHOTOS: STEFAN DEWICKERE
Fientje Moerman, le ministre flamand de l'Economie, est juriste de formation. Elle a étudié le droit à l'Université de Gand et à l'Université prestigieuse de Harvard. Après une brève carrière d'avocate, elle est entrée au milieu des années quatre-vingt dans la politique européenne en tant que collaboratrice du Cabinet de Simone Veil, qui était présidente du Parlement Européen à l'époque. Elle a appris la pratique de la politique à partir de 1995, d'abord comme premier échevin de l'instruction au nom des libéraux flamands, le VLD, dans sa propre ville de Gand, plus tard comme élue à la Chambre des Représentants. Après les élections fédérales de 2003, elle est devenue ministre de l'Economie dans le second cabinet violet. Pas pour longtemps, car un an plus tard, elle passait du fédéral au le régional, où elle est également responsable des affaires économiques. L'accord gouvernemental entre les partis de la coalition, le VLD, le CD&V/NVA et le SP.A/Spirit contient des objectifs ambitieux au niveau de l'économie, mais il y a plusieurs soucis qui persistent, parmi lesquels la menace qui pèse sur la force concurrentielle belge et le labyrinthe institutionnel belge n'en sont que deux exemples.

<La Belgique ne s'est pas montrée très ferme lors des négociations concernant le Protocole de Kyoto. Il faudrait que les responsables politiques de l'époque rendent des comptes à présent.>
Vous considérez comme une de vos tâches majeures de rendre le climat industriel en Flandre attrayant. Estimez-vous aussi que les frais élevés pour les entreprises, dont les frais salariaux, perturbent le climat d'entreprise?
Précisons une chose: on ne peut pas systématiquement reprocher au gouvernement tous les problèmes concernant les coûts salariaux. Il existe au sein de l'industrie différents niveaux salariaux, créés par les négociations entre syndicats et patronat. Mais je reconnais que les autorités doivent protéger la position concurrentielle de l'industrie. Dans notre accord gouvernemental, nous annonçons d'ailleurs plusieurs stimulants financiers."
Tels que?
J'ai l'intention de donner aux entreprises un meilleur accès au financement et au capital à risque en particulier. Un des exemples est le règlement ARKimedes, pour lequel je viens de donner le coup d'envoi officiel. Il permettra d'investir dans les cinq prochaines années un montant de 450 millions d'euros dans les petites et moyennes entreprises dont le siège social se trouve en Flandre. Une autre initiative, destinée à favoriser la création d'entreprises qui se concentrent sur la technologie, offre des bourses d'études à des universitaires qui envisagent de créer une telle entreprise. Ils peuvent ainsi dans un stade précoce transformer leurs connaissances technologiques dans un plan d'entreprise concret."
Est-ce que l'industrie a encore sa place ici? Certains affirment que notre industrie n'est plus concurrentielle avec les pays à bas salaires. Nous ferions donc mieux de consacrer notre énergie à d'autres secteurs.
Je trouve cela stupide. Je continue à promouvoir la Flandre comme un pays où il y a de l'espace pour l'industrie. L'importance de nos entreprises industrielles est énorme, au niveau de l'emploi, mais également comme clients du secteur des services. Il est cependant un fait que la part de l'industrie dans l'économie diminue et que les entreprises sont devenues plus dépendantes des connaissances, et elles dépensent proportionnellement donc moins en salaires qu'auparavant. Mais je suis bien consciente du fait que si nous voulons conserver de l'industrie dans ce pays et attirer de nouveaux investisseurs, nous devons nous concentrer sur les éventuels désavantages en coûts.
Il s'agit généralement de filiales de groupes internationaux. Elles ne sont pas uniquement en concurrence avec d'autres entreprises, mais également avec d'autres filiales du même groupe dans d'autres pays lorsqu'il s'agit d'attirer des investisseurs."

A votre avis, quels sont les atouts dont dispose la Belgique pour attirer des investisseurs étrangers ?
Je pense qu'ils sont suffisamment connus. Tout d'abord, les travailleurs dans notre pays ont un niveau d'instruction parmi les plus élevés d'Europe, si pas du monde. Quarante pour cent de nos jeunes de 18 ans poursuivent leur formation dans l'enseignement supérieur. La plupart des gens maîtrisent deux ou trois langues. La productivité est particulièrement élevée. Nous disposons d'une bonne infrastructure, tant logistique qu'en matière d'ICT. Nous possédons d'excellentes universités et autres centres de connaissances de niveau mondial."
Revenons aux coûts. Pour l'industrie, et plus particulièrement l'industrie pétrochimique, les frais environnementaux ont considérablement augmenté les dernières années suite aux exigences environnementales de plus en plus sévères. N'allons- nous pas trop loin? Et les intérêts économiques ne sontils pas considérés comme inférieurs à une politique environnementale dont les effets ne sont même pas toujours clairs?
La politique environnementale est quasi entièrement européenne. Mais j'admets qu'en Flandre, nous avons parfois été plus loin que l'Europe ne l'exige et que nous avons utilisé les directives de l'UE pour y ajouter toutes sortes de règles complémentaires. Nous ne pouvons plus faire cela. Le gouvernement actuel a pris la décision de suivre la directive, toute la directive, et rien que la directive. En plus de cette obligation, nous accordons également beaucoup d'importance au bon vouloir. Les entreprises qui sont prêtes à aller plus loin que les prescriptions peuvent obtenir des subsides. Vous voyez donc que ce gouvernement flamand change résolument de cap."

Un tel système de récompense allait être appliqué en Flandre pour l'exécution du Protocole de Kyoto. Les entreprises qui faisaient mieux que le 'benchmark' en matière d'énergie recevraient un bonus. Finalement, rien ne s'est passé.
Les entreprises flamandes qui font mieux que le fameux benchmark devraient en effet être récompensées. Mais la Commission Européenne s'y est opposée et considère ce stimulant comme une aide d'état. L'Europe nous oblige donc à annuler cette intention." "La réduction des émissions de CO2 est un problème pour nous. En 1998, la Belgique ne s'est pas montrée très ferme lors des négociations sur le Protocole. Les responsables politiques de l'époque devraient peut-être justifier leur attitude à ce sujet. Nous sommes actuellement obligés de réaliser proportionnellement de très fortes réductions tandis que d'autres pays atteignent leur norme en fermant par exemple des centrales de charbons vétustes. A présent, il nous appartient de gérer cette situation. J'ai toujours affirmé, jusqu'à causer l'hilarité de certains journalistes, que des mécanismes flexibles tels que le joint implementation et le clean development sont indispensables pour atteindre les objectifs de Kyoto. A présent, nous n'avons plus le choix, nous n'y arriverons pas sans commerce d'émissions."
<Pour certains investissements en matière d'énergie, l'entreprise peut uniquement faire appel à une prime écologique si elle s'engage à diminuer les émissions de CO2>
Et ensuite? La dernière conférence climatique à Buenos Aires n'a pratiquement rien rapporté. Quelle solution préconisezvous et quelle peut être la contribution de petits pays tels que la Belgique et les Pays-Bas?
Ne rien faire n'est pas une option. Le Conseil Environnemental de l'UE a conclu que si nous voulons limiter la hausse de la température à 2°C, les émissions de gaz à effet de serre dans le monde entier devront avoir atteint leur maximum dans vingt ans. Ensuite, il faudra qu'une diminution d'au moins 15 pour cent ait lieu et pour 2050 peut-être bien de 50 % par rapport au niveau de 1990. Ce que cela signifie, nous l'ignorons encore. Mais il est clair que l'Union Européenne veut continuer à remplir un rôle d'exemple et qu'elle veillera à ce que chaque étatmembre prenne ses responsabilités. A raison, car quoique la Belgique soit un petit pays, c'est un des pays les plus pollueurs."
Vous citiez le soutien écologique comme un des moyens pour atteindre les objectifs environnementaux. Quels sont les critères à ce sujet?
Il s'agit d'investissements environnementaux pour la protection ou le rétablissement de notre environnement, des investissements qui font diminuer la consommation d'énergie ou des aides financières à des entreprises qui doivent déménager pour des raisons environnementales. Il est essentiel que l'argent soit consacré à des technologies innovatrices qui vont plus loin que les normes européennes ou les normes flamandes plus sévères."

Certaines technologies innovatrices sont dans un stade expérimental et n'aboutiront probablement pas, d'autres technologies plus anciennes, par exemple la cogénération, ont déjà fait leurs preuves. Les autorités doivent se fixer des priorités. Ne devriez-vous pas plus tenir compte du rendement attendu des subsides?
Les autorités utilisent leurs moyens avec parcimonie. Seuls les surcoûts écologiques entrent en considération pour des subsides. Il s'agit du montant des investissements supplémentaires nécessaires pour la réalisation des objectifs environnementaux. Les investissements plus classiques en sont exclus. En outre, ces coûts supplémentaires sont comptabilisés durant les cinq premières années avec les revenus et les économies que ces investissements ont rapportés. Nous tenons également compte du "facteur de performance environnementale". Si le bénéfice pour l'environnement est moindre, le soutien écologique le sera également."
"Nous examinons également de façon très critique les technologies qui entrent en considération pour des subsides. Si elles ne sont pas mentionnées sur une liste rédigée par des experts, aucun soutien financier n'est accordé. Pour certains investissements en matière d'énergie, l'entreprise peut uniquement faire appel à une prime écologique si elle s'engage à diminuer les émissions de CO2. Dans ce cas, avant le paiement, on vérifie si l'engagement a été respecté sur base d'une méthode de calcul et de monitoring convenue.
Un des problèmes auxquels la Belgique dans son ensemble doit faire face est la structure fédérale complexe et la répartition parfois illogique des compétences entre le niveau fédéral et le niveau régional. Disposez-vous de suffisamment d'instruments pour réaliser vos objectifs de gestion?
Ma réponse est non. J'estime que le système de subsides va trop loin et que le système fiscal est trop peu élaboré. Une nouvelle réforme de l'état sera nécessaire pour procurer aux communautés les instruments avec lesquels les régions pourront réaliser une gestion sociale et économique qui répond au mieux à leurs besoins. Pour mon parti, le VLD, il est primordial que les régions disposent de leurs propres moyens fiscaux. No representation without taxation."
|