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Le musée du Vleeshuis devient "Les sons de la ville"

Réouverture au printemps 2006

Le Vleeshuis est un musée anversois bien connu. Le bâtiment historique à proximité du Steen et de la cathédrale donne une impression monumentale et depuis mémoire d'hommes, il fait office de musée. Les expositions y changent cependant: dorénavant, l'histoire de la musique anversoise sera le thème central.

TEXTE: JAN H. VERBANCK | PHOTOS: MUSEUM VLEESHUIS

Après avoir réussi à garer ma voiture sur les quais d'Anvers, je traverse les petites ruelles moyenâgeuses si caractéristiques de la vielle ville vers le splendide édifice. Tout semble fermé et je dois attendre un moment avant que je n'entende le cliquetis d'un grand trousseau de clefs et que quelqu'un n'entrouvre la porte. Le musée est fermé aujourd'hui. Pourtant, je peux entrer car j'ai rendez-vous avec Karel Moens, le conservateur.



Mandoline de Milan, 18e siècle.

Le temps presse | Le "gardien" me conduit dans le dédale de ce bâtiment, qui donne l'impression d'un chantier, vers le deuxième étage où se trouve le bureau administratif. Avant d'y arriver j'ai déjà perdu tout mon sens de l'orientation et j'ai pu admirer le grand nombre d'instruments démontés, de pianos complètement ouverts et de touches qui traînent par-ci par-là. Est-ce dans un an qu'une nouvelle exposition ouvrira ses portes?
"Nous visons le mois d'avril, mais il n'y a pas encore de date définitive", dit Karel Moens le regard inquiet. "Cela semble encore loin pour certains, mais nous nous rendons trop bien compte que cette date s'approche rapidement. Nous savons tous ce qui doit encore être fait avant l'inauguration. Les gens pensent parfois que travailler dans un musée est une fonction calme et reposante. Je peux vous assurer qu'actuellement c'est un boulot stressant et agité!" Poursuivant sur son élan, Karel Moens me parle avec enthousiasme de ce que le Vleeshuis offrira. La nouvelle exposition présentera bien plus que les instruments de musique que le Vleeshuis possède. Nous ouvrons en somme un nouveau musée: Klank van de Stad (Les sons de la ville), les sons et la musique à Anvers durant cinq siècles. Les musiciens ambulants, les guetteurs de clocher, les ménestrels, les carillonneurs et les bourgeois musiciens, ils ont tous droit au chapitre. Vous saurez tout sur l'opéra et les premiers kiosques et salles de concert, en découvrant les lieux dans la ville et les institutions qui ont joué un rôle important dans la vie publique musicale."

Des ménestrels accompagnent un enterrement au cimetière Groenkerkhof, 1597.

Les multimédias modernes | On ne s'y attendrait pas dans un environnement vieux et poussiéreux qui demande d'urgence un rafraîchissement, mais Karel Moens illustre ses paroles à l'aide d'une présentation PowerPoint hypermoderne, me permettant ainsi de voir déjà ce que deviendra son musée. Je ne sais pas où regarder d'abord: les innombrables objets, les peintures, les images, les dessins, les photos, les maquettes, les manuscrits et les imprimés qui donnent vie à cette histoire passionnante.
C'est comme si vous voyiez et entendiez cette musique en rue, dans les tours, dans les salles de bal, les églises, les théâtres, les kiosques... Le ménestrel, depuis des siècles le vecteur de la vie publique musicale, revient à la vie. La musique intime de la bourgeoisie, jouée dans les foyers, a également sa place. La naissance et l'importance des partitions de musique pour le développement de la vie musicale bourgeoise sont dévoilées. Il est possible de réellement écouter des partitions et des manuscrits. "Nous rendons l'ensemble encore plus attrayant en utilisant des multimédias puissants et une sonorisation optimale", poursuit Karel Moens. "Par le biais d'une communication en ligne avec la tour de la cathédrale, vous pourrez voir et entendre sonner les cloches, voir fonctionner le carillon automatique et suivre en live le morceau de midi du carillonneur. L'atelier de Van Engelen de Lierre, constructeur d'instruments à vent, est en parfait état et prêt à l'emploi", me jure-t-on. "Nous allons le monter ici, tout comme la fonderie de cloches de Sergeys, prête à fondre une nouvelle cloche."







Timbale, milieu du 19e siècle. Cistre, France, 18e siècle.

Encore beaucoup de travail... | "Klank van de Stad" ne devient pas un musée d'instruments de musique, mais une exposition qui décrit, dans un contexte plus large, le règne de la musique anversoise de la fin du Moyen Age à nos jours.
"Nous insistons sur le rôle de la musique dans l'église, pour l'indication des heures du jour, lors de festivités et de cortèges, au théâtre, lors de représentations de magistrats et de souverains", explique Karel Moens. "La musique, cause de perdition et de controverses. Egalement les accointances avec les autres formes d'art, avec la morale et la religion, la politique et l'idéologie. En bref, cela devient une nouvelle sorte de musée de la musique comme il n'en existe encore nulle part!"

Orgue de salon, L. De Baecker, Middelburg env. 1750.

La rénovation du musée du Vleeshuis comprend dans une première phase la cave (la fonderie de cloches et l'atelier du constructeur d'instruments) et le rez-de-chaussée, où seront développées des expositions sous différents thèmes. Plus tard, dans une seconde phase, le premier étage y sera ajouté, de sorte que lorsque tout sera installé, l'exposition occupera trois étages. De plus, les sanitaires et le hall d'accueil seront également remis à neuf. La rénovation de l'extérieur du bâtiment est malheureusement reportée. Les restaurateurs sont cependant déjà bien occupés à restaurer les instruments de musique de la collection.

Un concert de l'harmonie devant le kiosque du parc de l'Harmonie à Anvers, env. 1820.


Je n'ai pas quitté ma chaise ni le bureau du conservateur et pourtant j'ai l'impression que pendant une heure, il m'a fait visiter toute l'exposition déjà achevée. La manière dont il décrit avec art et éloquence l'histoire de la musique anversoise jusque dans les moindres détails et dont il la fait revivre y est bien sûr pour quelque chose. Pourtant cela reste encore un instant de la sciencefiction, du virtuel, de l'imaginaire....




Cor, Charles Joseph Sax, Brussel env. 1825. Serpent militaire, Pays-Bas du Sud (?)début du 19e siècle.

Piano de table, Johann Matthäus Schmahl, Ulm env. 1780. Clavecin, Andreas Ruckers, 1644.

Voir aussi:

Un virginal unique "mère et enfant": restauration et reconstruction

Les archives Bob Leonard

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