Un système énorme et complexe
Le Président Directeur Général d'ExxonMobil, Rex Tillerson, parle aux Pays-Bas du secteur énergétique
Rex Tillerson s'est rendu aux Pays-Bas dans le courant du mois d'avril. Il s'y est notamment entretenu avec le premier ministre Balkenende et le président de l'UE Barosso. Son premier discours public en dehors des États-Unis en tant que PDG d'ExxonMobil a été prononcé à l'Université Erasmus de Rotterdam. À l'invitation de l' "Economische Faculteitsvereniging Rotterdam", il y a parlé du regard jeté par les entreprises sur les glissements de pouvoir dans le secteur énergétique mondial et de leurs conséquences à court terme.
TEXTE: MIRJAM DE LEEUW| PHOTOS: TOM KROEZE
Rex Tillerson a débuté son discours en ces termes: 'Tout commence par une vision.' Il a poursuivi: 'Quels objectifs voulons-nous, entreprises énergétiques, réaliser en fin de compte? Tout d'abord, un développement économique et individuel. Ce qui ne signifie pas la même chose pour toutes les parties du monde. Dans les pays industrialisés, le terme "développement" signifie une meilleure qualité de vie, mais dans les pays en voie de développement, il est question de quelque chose de beaucoup plus vital: la survie. La disponibilité d'une énergie propre, fiable et abordable est essentielle si nous voulons réduire le taux de pauvreté, améliorer les conditions de vie et amener la prospérité aux quatre coins du monde.

Un deuxième objectif commun est la protection de notre environnement. Il est essentiel de limiter au maximum l'impact exercé par les activités humaines sur l'écosystème. Les industries pétrolières et gazières sont littéralement fondées sur l'environnement. Une attention adéquate en la matière est donc une condition sine qua non pour le secteur énergétique.
Les dures réalités | Pour pouvoir réaliser ces objectifs, nous devons tenir compte d'un certain nombre de dures réalités. La première, souligne Rex Tillerson, est l'augmentation de la demande énergétique. 'En 2030, le besoin énergétique mondial aura augmenté de 50% par rapport à l'année dernière. 80% de cette augmentation de la demande proviendra des pays en voie de développement. Ainsi, le besoin énergétique des économies émergentes, rien qu'en Asie, va augmenter de 150%. Pour répondre à cette importante demande énergétique, d'énormes investissements, de nouvelles ressources et des développements technologiques sont nécessaires. En outre, les émissions des gaz à effet de serre vont augmenter. Depuis le 19e siècle, la concentration de CO2 dans l'atmosphère a augmenté d'environ 30%. Si la consommation de combustibles fossiles augmente, principalement dans le Tiers Monde, l'émission de dioxyde de carbone continuera elle aussi à augmenter. Des études scientifiques sont en cours, mais les gaz à effet de serre jouent probablement un rôle important dans le changement climatique. Des interventions sont donc justifiées.

<Dans cet important marché mondial, l'influence et l'importance des politiques énergétiques locales et régionales sont limitées.>
Enfin, il n'est pas simple d'apporter des changements d'envergure, ciblés et durables dans l'approvisionnement énergétique mondial. Il est ici question d'un système énorme et complexe. Dans cet important marché mondial, l'influence et l'importance des politiques énergétiques locales et régionales sont limitées. Il apparaît chaque fois que les tentatives locales menées en vue d'exercer une influence artificielle sur un système de marché qui fonctionne bien ne sont pas efficaces, voire contreproductives. L'échelle prodigieuse du marché énergétique mondial exerce également des influences sur les sources énergétiques alternatives et sur la technologie qui s'y rapporte. Les énergies éolienne et solaire et les biocarburants ne fournissent pas une solution significative à la problématique mondiale de l'offre et de la demande d'énergie, car les besoins mondiaux sont véritablement énormes.'
Rêver et concrétiser les objectifs | Que faisons-nous maintenant dans la période qui sépare le présent de l'avenir, période durant laquelle seule la technologie nous offrira la solution fondamentale au problème énergétique? Rex Tillerson poursuit: 'Avant tout, les solutions énergétiques doivent être des solutions économiques, ce qui signifie: largement applicables, durables et réalisables d'un point de vue technique et commercial. Il s'agit de la meilleure façon de trouver un équilibre entre le progrès économique et le respect de l'environnement. Pour le développement économique durable, nous devons trouver un équilibre entre les sources énergétiques disponibles, nos rêves et objectifs et le prix que le consommateur est disposé à payer. Un fonctionnement parfait du marché est la meilleure manière de concrétiser tout cela, car il s'agit de la seule façon de collecter des données fiables relatives aux coûts et bénéfices de l'approvisionnement en énergie et de parvenir à la solution la plus pratique. Les marchés qui accomplissent leur travail avec une intervention minimale semblent aussi être la meilleure terre nourricière pour la créativité et l'innovation.

'Mais tandis que nous nous efforçons à trouver cet équilibre, nous devons également continuer à essayer de changer les réalités nommées. La technique et la technologie jouent un rôle essentiel en la matière. Les avancées technologiques du passé, comme des carburants toujours plus écologiques et des moteurs toujours plus efficaces, l'analyse sismique et les nouvelles technologies de forage, ont largement contribué à la protection de l'environnement et à l'accroissement de la production énergétique. Et à l'avenir également, les percées technologiques nous permettront de répondre à la demande énergétique croissante tout en réduisant les effets néfastes sur l'environnement.'
Solutions pour l'énergie et l'environnement | Le marché libéralisé force les entreprises énergétiques à trouver des solutions technologiques et économiques réalisables pour nos problèmes énergétiques.

Une première contribution en la matière est une efficacité énergétique accrue. Rex Tillerson déclare: 'Efficacité signifie poursuivre ses activités normalement, mais en consommant moins d'énergie. Ce n'est donc pas la même chose que l'économie d'énergie, où vous ne faites pas certaines choses pour réduire votre consommation énergétique. En manipulant les réserves pétrolières et gazières de façon plus efficace, nous prolongeons leur durée de vie et en même temps nous réduisons les coûts. Si nous consommons tous l'électricité de façon plus efficace, nous utilisons les ressources, qui se composent principalement de gaz et de charbon, de façon plus économique. Une diminution de la consommation d'énergie permet enfin de réduire les émissions et exerce donc un impact positif sur l'environnement.'
'Une deuxième contribution', poursuit le nouveau PDG d'ExxonMobil, 'est le développement de normes scientifiques qui permettront une application efficace des mesures environnementales. Des directives claires et opérationnelles, qui sont à ce point flexibles qu'elles maximalisent les effets environnementaux tout en réduisant au maximum les coûts, forment la meilleure garantie du succès.'
Une troisième contribution importante est l'étude des technologies propres et commerciales. Pour le développement d'une technologie rentable et économique d'un point de vue énergétique, il est en effet nécessaire de procéder à d'importants investissements dans les domaines de la recherche et du développement.

La dernière contribution, de première importance pour le monde entier, est le renforcement de l'interdépendance énergétique, le couplage de différents systèmes et réseaux d'approvis ionnement d'énergie. Rex Tillerson: 'Les marchés mondiaux des matières premières comme le pétrole sont particulièrement sensibles et réagissent directement aux événements et développements aux quatre coins du monde. Nous devons donc veiller à ne pas dépendre d'un seul fournisseur ou d'une seule source énergétique. Suite aux ouragans Rita et Katrina, près de 25% de la capacité de raffinage totale des États-Unis a été mise hors service. L'existence d'un marché ouvert, libéralisé et concurrentiel nous a permis de commercer librement et avec profit mutuel avec l'Europe. Suite à cela, peu d'Américains seulement ont été confrontés à une pénurie de carburant. Malheureusement, de nombreux politiciens américains ont mal interprété tout cela et plaident aujourd'hui en faveur d'une indépendance totale en ce qui concerne l'énergie.
Une telle politique protection niste donne toutefois une fausse certitude et un faux espoir. Nous ne pouvons nous préparer comme il se doit à de tels désastres qu'en renforçant et en élargissant les partenariats internationaux. L'importance croissante du gaz naturel liquide est un bon exemple de la façon dont l'intérêt de tels rapports de collaboration s'intensifie en fonction de l'élargissement du fossé qui sépare le producteur du consommateur d'énergie. Heureusement, l'Union européenne semble suivre un autre cap. Elle souligne l'importance de l'intégration interne des marchés nationaux et de l'ouverture du marché européen aux personnes extérieures.' Et Rex Tillerson de conclure: 'Il s'agit d'un pas important dans la bonne direction, celle d'une dépendance mutuelle croissante dans le domaine de la politique énergétique.'
| Les médias ont profité de la présence du nouveau PDG d'ExxonMobil pour lui poser des questions. Quelques citations:
Financieele Dagblad:
'Nous ne prévoyons pas de pénuries sur les marchés pétroliers.'
The Economist:
'La stratégie d'Exxon n'a pas changé depuis 1998, quand le pétrole se vendait pour la modique somme de 10 dollars le baril.'
Financial Times:
'Le risque encouru par la société suite aux émissions de gaz à effet de serre peut s'avérer important. Une action immédiate est justifiée.'
Financieele Dagblad:
'L'énergie ne devient un sujet de discussion que lorsque les prix sont élevés. Il est tellement simple pour les consommateurs de bénéficier d'énergie. Ils ne connaissent pas les efforts et les risques qui y sont liés.'
The Economist:
'Les champs pétroliers prennent tellement de temps pour se développer et sont en production durant tellement longtemps que le prix du jour du pétrole, qu'il soit élevé ou bas, n'influence quasiment pas les décisions en matière d'investissements.'
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