Le meilleur de deux mondes
De nombreuses usines chimiques d'ExxonMobil ont été construites, dans le monde entier, à proximité d'une raffinerie. L'exploitation de la synergie entre le pétrole et la chimie procure à l'entreprise de nombreux avantages. Dans la zone industrielle de Rotterdam également, une simple route sépare la raffinerie de l'usine d'aromates. Une telle situation crée énormément de possibilités d'intégration des activités et, dès lors, d'économies de coûts.
TEXTE: MIRJAM DE LEEUW | PHOTOS: EXXONMOBIL
C'est en 1960 qu'Esso Nederland B.V. a ouvert sa raffinerie dans la zone de Botlek à Rotterdam. Peu après, en 1964, l'usine d'aromates (RAP) de l'ancienne Esso Chemie Holland a été construite dans la même zone. Les premières années, le RAP faisait partie de la raffinerie, mais à partir de 1967, la ''chimie'' et le ''pétrole'' ont été scindés en deux entreprises distinctes. Il en est évidemment resté l'échange de flux de produits. En effet, ce n'est pas pour rien que le RAP avait été construit près de la raffinerie. La seconde fournit les matières de base au premier, qui livre en retour les produits secondaires. Ce que l'on appelle les utilities (courant, carburant, air, azote), qui étaient produits ensemble pour les deux complexes d'usines, ont également continué à ne former qu'un seul système. Par ailleurs, les usines recouraient collectivement aux différents services de support tels que la sécurité, le nettoyage et la restauration. Mais sur le plan opérationnel et en termes de marketing, il s'agissait de deux organisations, appliquant des procédures et des règles différentes. Chacune établissait son propre planning, lançait ses propres projets, avait sa production, ses activités d'entretien et son analyse propres.
"Jusqu'au milieu des années 90, relativement peu de choses ont changé sur le plan de l'intégration", explique Jan Degeling, directeur de la raffinerie de Rotterdam. "Il existait alors encore suffisamment de possibilités pour améliorer ses propres opérations et ainsi économiser des coûts. Au début des années 90, cependant, nous avons reçu un ingénieur-conseil commun en hydrogène. Cette étape a été facilitée par le fait qu'une division Supply était active à Breda. Cette division aiguillait les flux de produits des raffineries vers Rotterdam et Anvers. Les deux laboratoires ont également fusionné. C'est ainsi que l'intégration s'est progressivement mise en place."
Ensemble, mais séparément | A partir de 2003, les usines du site de Rotterdam ont poursuivi leur intégration avec, par exemple, la fusion des systèmes OIMS de chimie et de pétrole. L'OIMS ou, en toutes lettres, l'Operations Integrity Management System, établit les objectifs et les directives pour la sécurité (des produits), la santé et l'environnement. "La base des deux systèmes était certes la même, puisque les deux organisations poursuivaient le même objectif, mais leur exécution différait complètement de l'une à l'autre", commente Maarten ten Doesschate, directeur de l'usine d'aromates. Raison de plus pour envisager d'un œil plus critique les différentes possibilités de synergie.

Maarten ten Doesschate:
<Notre philosophie est la suivante: là où
nos activités sont similaires, nous essayons
dans la mesure du possible de collaborer.>
Les deux directeurs d'usine croient très fermement en l'intégration. Maarten ten Doesschate: "Notre philosophie est la suivante: là où nos activités sont similaires, nous essayons dans la mesure du possible de collaborer. Ces dernières années, nous avons essentiellement examiné les améliorations possibles sur le plan opérationnel. C'est ainsi que les divisions pour la sécurité, le project management et le nonprocess engineering et les organisations d'entretien ont été fusionnées."
"Il nous faudra donc chercher encore plus d'optimalisations, fusionner davantage d'activités et, surtout, travailler plus intelligemment ," poursuit Jan Degeling.
Un exemple important de cette optimalisation réside dans le molecule management appliqué aux entités intégrées de l'entreprise et visant à examiner comment une matière première peut fournir un rendement maximal à l'ensemble du site, que cette matière intervienne dans l'élaboration d'un produit (pétro-)chimique ou d'un produit pétrolier. Outre des économies de coûts, il en découle de nombreux autres avantages. "Mais le principal atout de l'intégration est le rehaussement du professionnalisme," déclare Jan Degeling, "tant de la manière d'opérer que des employés."

Jan Degeling:
<Le principal atout de l'intégration est
le rehaussement du professionnalisme.>

Défi et menace | Pour une entreprise, l'optimalisation ne tarde généralement pas à se ressentir, alors que les employés, eux, mettent souvent plus de temps à l'entrevoir. Lors de la fusion de deux organisations, le risque que l'une se sente lésée par rapport à l'autre n'est jamais très éloigné. Des différences de culture peuvent également apparaître. Le caractère propre d'une organisation doit donc être accepté par l'autre, et toutes deux doivent pouvoir supporter la critique de l'autre. "Il est très important de bien maîtriser le processus d'intégration", souligne Jan Degeling. "Travailler au sein d'une organisation plus grande constitue en effet un défi, mais peut également signifier une menace."
A Rotterdam également, dans un premier temps, des résistances s'étaient dressées face à l'intégration. Avec 150 collaborateurs, l'usine d'aromates est nettement plus petite que la raffinerie, qui compte plus de 500 employés. Le personnel avait l'impression de faire partie d'un petit club et l'idée d'un changement ne l'emballait pas. "Il faut veiller à ne pas en arriver à une reprise", estime Maarten ten Doesschate, "au risque de perdre le petit groupe, plus solide, et de ne rien gagner à l'organisation agrandie. Une intégration présente l'avantage de réunir un plus grand groupe d'employés, ce qui crée toujours plus de possibilités: la flexibilité augmente, le travail devient plus efficace et les opportunités de formations et de carrière se multiplient. Les collaborateurs constatent par eux-mêmes toutes les "nouvelles" best practices. Amenés à se côtoyer, ils apprennent à connaître et apprécier les méthodes de travail respectives, et ils entrevoient de nouveaux avantages", explique le manager RAP. "Les moments d'apprentissage doivent être pris au sérieux."
Un monstre bicéphale | L'intégration présente tant d'avantages qu'une personne extérieure ne pourrait s'empêcher de se demander pourquoi deux directeurs d'usine subsistent encore. Or, nous brûlerions des étapes si, à l'heure actuelle, nous n'en retenions qu'un seul. En effet, la chimie et le raffinage sont deux activités différentes. Le raffinage est orienté vers la production, tandis que la chimie s'adresse avant tout au marché. Les raffineries écoulent la plupart de leurs produits sur ce que l'on appelle des spot markets, alors que la chimie fournit les siens directement à des clients industriels. Le groupe ExxonMobil a par conséquent été établi de manière fonctionnelle, ce qui signifie entre autres que l'organisation chimique est séparée de l'organisation pétrolière. Jan Degeling: "Si une seule personne était chargée de nourrir ce monstre bicéphale, elle aurait actuellement un sacré boulot à accomplir."
"Nous nous attelons désormais à l'opti malisation,"conclut Maarten ten Doesschate, "mais dans le courant de l'année prochaine, nous espérons avoir achevé l'intégration conformément au modèle corporate. Et c'est bien sûr à la mode néerlandaise que nous nous y sommes pris: de manière concertée et rigoureuse, bref comme il se doit. Nous étions les derniers d'ExxonMobil, mais nous serons apparemment les premiers à pouvoir affirmer que tout se passe comme prévu."
Voir aussi:
L'avantage financier de l'intégration
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