Changement climatique: la vision d'ExxonMobil"Nous voulons des prix stables et uniformes pour le dioxyde de carbone" La question du changement climatique a rarement autant dominé l'actualité que ces derniers mois. Le documentaire d'Al Gore, Une vérité qui dérange, le rapport britannique Stern traitant des coûts du changement climatique et de la politique en la matière, la récente publication du quatrième rapport sur le climat du Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC ou Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat GIEC) et les plans de réduction des émissions sur lesquels se sont récemment accordés les chefs de gouvernement européens, ont pleinement attiré l'attention. Quelle est la position adoptée par ExxonMobil dans le débat sur le climat? TEXTE ANTON BUYS | PHOTOS GPB ET WILLEM BLAUW Il arrive régulièrement qu'ExxonMobil, dans le débat relatif au changement climatique, soit classé par certains adeptes du mouvement écologique, certains politiciens et certains leaders d'opinion dans le camp de ceux niant qu'il se passerait quelque chose. L'entreprise est également accusée d'apporter son soutien financier à ceux qui tentent par tous les moyens de banaliser le problème.
"C'est regrettable car rien n'est moins vrai", déclare Nikolaas Baeckelmans, Public Affairs Manager d'ExxonMobil Benelux. "Nous ne nions absolument pas qu'il y ait problème." Avant d'ajouter: "Sur les près de 80 000 salariés travaillant pour ExxonMobil, 14.000 sont des scientifiques ou des ingénieurs; plus de 2000 d'entre eux possèdent même un doctorat. Ces dernières années, nous avons consacré plus d'un milliard de dollars à la recherche et au développement technologique. Nous sommes même pratiquement les champions de la R&D dans notre secteur d'activités. La moindre discussion portant sur l'avenir des carburants fossiles intéresse directement nos scientifiques et nos ingénieurs. Notre attitude face au changement climatique est strictement scientifique. C'est pourquoi ExxonMobil n'est pas un adversaire des activités telles que celles de l'IPCC, mais qu'il s'y implique au contraire de façon étroite et active depuis de nombreuses années. < Notre attitude face au changement climatique est strictement scientifique. > Le monde se réchauffe vraiment | Nous savons que la température, mesurée à l'échelle mondiale, a augmenté en moyenne d'environ 0,7 °C ces cent dernières années. Il est tout aussi évident que pendant cette même période, les émissions de gaz à effet de serre, en particulier celles de dioxyde de carbone liées à l'utilisation de carburants fossiles, ont augmenté de façon considérable. Nikolaas Baeckelmans: "Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de cette situation; les risques sont bien réels. De nombreux écosystèmes, en particulier dans les zones polaires, semblent se réchauffer. "Le fait de reconnaître que le changement climatique engendre des risques doit directement entraîner la création d'un système de gestion des risques. Il convient pour cela d'analyser soigneusement tous les aspects du changement climatique et les risques correspondants, y compris les chances qu'ils se produisent réellement, tout en pondérant les coûts et les profits des mesures envisagées de façon précise. "Il ne s'agit pas là d'un problème situé dans un lointain avenir. Nous devons dès à présent utiliser les carburants fossiles de manière plus parcimonieuse, recourir aux technologies existantes pour réduire les émissions, stimuler le développement de nouvelles technologies à faibles émis sions et – point essentiel – soutenir la recherche climatologique scientifique afin de réduire les incertitudes existant en la matière." Quelles sont les options politiques envisageables ? | Les autorités publiques disposent globalement de trois options politiques pour s'attaquer au problème des émissions.
ExxonMobil estime que la politique climatologique – quelle que soit l'option retenue – ne peut s'avérer efficace à long terme que si elle répond à un certain nombre de conditions spécifiques. Nikolaas Baeckelmans les énumère: "Nous devons tout d'abord recourir au maximum au fonctionnement du marché, parce qu'en définitive, seul le marché est en mesure de déterminer quelle solution ou quelle technologie est vraiment viable. Le diable et le détail | L'Europe a-t-elle par exemple fait un pas dans la bonne direction avec son système commercial lié aux émissions? ExxonMobil estime que non. Ce système a en effet entraîné une extrême volatilité des prix. En près de deux ans, le prix est passé de plus de 30 dollars à un peu plus d'un dollar la tonne de CO2. Les prélèvements tels que la taxe sur "le carbone" qui incite automatiquement, selon certains économistes, les consommateurs à réduire leur con sommation d'énergie et/ou à opter pour des sources d'énergie renouvelables et alternatives, ne présentent pas cet inconvénient; le prix est fixe et identique pour tout le monde. "Mais", prévient Nikolaas Baeckelmans, "comme toujours: the devil is in the detail; une taxe n'est pas l'autre." Et les subsides? "Tout dépend à quoi servent ces subsides. Les subsides de démarrage destinés aux technologies innovantes peuvent s'avérer très utiles. Nous nous montrons par contre moins enthousiastes quant à la subvention à long terme de types d'énergies alternatives existantes incapables de s'imposer d'elles-mêmes sur le marché." < Nous économisons tout d'abord au maximum l'énergie, car il s'agit de la meilleure option à court terme. > Que fait personnellement ExxonMobil ? | Nikolaas Baeckelmans: "Beaucoup de choses. Nous économisons tout d'abord au maximum l'énergie, car il s'agit de la meilleure option à court terme. Nous avons ainsi construit dans le monde entier 85 centrales thermiques dont le rendement élevé permet d'économiser neuf millions de tonnes de CO2 par an. Au cours de ces deux dernières années, nous avons aussi investi 800 millions d'euros dans de nouveaux projets de type thermique. Et nous continuons à le faire. Nous construisons à Anvers une nouvelle centrale ultraperformante. Le captage et le stockage du CO2 constitue également une solution très prometteuse (voir aussi La chasse au CO2). Parmi les exemples de recherches technologiques fondamentales que nous soutenons, citons le développement de nouveaux types de ferments capables de produire de l'éthanol de manière bien plus rentable. Que les choses soient bien claires: nous n'avons aucun tabou, pour autant que l'on contribue de manière économiquement rentable à la résolution de cette question essentielle." |