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Editorial

Les politiciens ne sont que des humains

L'Union européenne est parfois comparée à la procession d'Echternach: deux pas en avant et un pas en arrière. Après le rejet du concept de la constitution européenne par la France et les Pays-Bas, c'était devenu presque pire: un pas en avant et deux en arrière. Mais il y a de l'espoir. Le 9 mars dernier, Angela Merkel, le Chancelier fédéral allemand, faisant fonction de président du Conseil des Ministres, a annoncé fièrement que les 27 pays membres de l'UE avaient conclu des accords élaborés pour réduire de 20 pour cent les émissions de gaz à effet de serre et en particulier le CO2 avant 2020.

Il n'est pas difficile de conclure des accords concernant des objectifs. Il est facile d'écrire qu'un cinquième de la consommation d'énergie doit provenir des sources renouvelables telles que le vent, le soleil, la biomasse et l'eau ou que la part des carburants bio à la pompe doit être d'au moins 10 pour cent. Mais il ne suffit pas de l'écrire.

Pour réduire réellement les émissions de CO2 avec un tel pourcentage, il faudra épargner beaucoup d'énergie. A cet effet, des mesures draconiennes qui nous toucheront tous et qui exigeront un changement de mentalité seront nécessaires. Nous, les citoyens, devrons choisir des voitures plus économiques et ne pas prendre la voiture pour de courtes distances. Nous devrons moins prendre l'avion et remplacer les ampoules par des lampes économiques, diminuer le thermostat du chauffage de quelques degrés, ne pas laisser des appareils tels que les télévisions et les ordinateurs allumés lorsque nous ne les utilisons pas. Cela peut faire mal. Les dirigeants des gouvernements le savent bien et les membres de la Commission européenne plus que quiconque. Peu après que l'UE avait publié ses projets climatiques, José Manuel Barroso, président de la Commission, s'adressait aux médias. "Maintenant, nous pouvons montrer notre maîtrise au monde", déclarait-il résolument. Un reporter britannique lui a demandé alors pourquoi il roulait lui-même en SUV. N'était-il pas un peu hypocrite de pavaner avec des résolutions ambitieuses et de donner lui-même un si mauvais exemple? Barroso n'a pas trouvé cela drôle. Sa vie privée devait être tenue à l'écart et une "inquisition moderne" n'arrangerait pas les choses. Le président de la Commission européenne n'est d'ailleurs pas le seul qui a été prié de se justifier. Al Gore, l'homme qui a attiré l'attention du monde entier avec le documentaire An incovenient truth, consommerait par an un multiple de l'énergie consommée par un Américain moyen, qui ne sont pourtant pas réputés pour leur économie d'énergie. Dans la presse belge, des histoires ironiques sont parues concernant des ministres de l'environnement qui filaient d'une conférence sur l'environnement à l'autre avec leurs limousines à grande consommation de carburant.

Les politiciens ne sont que des humains et quand un changement d'attitude est nécessaire, les humains sont un maillon faible. Angela Merkel estimait que l'Europe avait fait un pas en avant énorme le 9 mars, mais arrivée chez elle, elle s'est sagement abstenue d'introduire une vitesse maximale sur les autoroutes allemandes ou, comme l'aimerait Stavros Dimas, le Commissaire européen, d'imposer des normes contraignantes à l'industrie automobile quant aux émissions maximales de CO2.

Willem Elsschot, un écrivain flamand célèbre, a écrit quelques lignes qui depuis sont devenues une expression classique en néerlandais: Entre le rêve et la réalité, les lois et les contraintes pratiques font obstruction.

Et l'imperfection de l'homme également, pourrions-nous y ajouter.

Anton Buys

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