Assassin sournoisLa malaria fait plus de victimes que le SIDA Toutes les trente secondes, une personne meurt de la malaria en Afrique. Ce qui fait plus d'un million de personnes par an, principalement des femmes enceintes et des enfants. La maladie fait ainsi davantage de victimes que le sida, la tuberculose ou la rougeole. Au-delà de la catastrophe humaine, la malaria est aussi l'un des plus grands obstacles au développement socio-économique de la région. Des économistes estiment que cette maladie coûte chaque année aux pays touchés plus de 12 milliards de dollars de leur produit intérieur brut. Pourtant, dans l'état actuel des connaissances médicales, on peut prévenir cette maladie et la guérir. C'est pourquoi de plus en plus de pouvoirs publics, d'organisations et de fonds – dont ExxonMobil – soutiennent la lutte contre la malaria. TEXTE ROB VISSERS | PHOTOS MALARIA FUND ET MALARIA NO MORE
La malaria est provoquée par la piqûre d'un minuscule animal, le moustique Anopheles. Une seule piqûre de cet insecte a de lourdes conséquences. Pendant qu'elle pique – c'est toujours la femelle, car elle a besoin de sang riche en protéines pour nourrir sa progéniture – elle introduit un peu de salive dans le bras de sa victime. La salive de l'insecte contient le parasite de la malaria, un organisme unicellulaire que l'on trouve sous quatre variantes, dont une est mortelle, le Plasmodium falciparum. Ce parasite provoque la Malaria tropica, responsable de la moitié des cas de transmission de la malaria et de 95 % des décès. L'horreur sous la peau | Les parasites se nichent d'abord dans le foie, où durant une semaine ou deux ils se multiplient à la vitesse de l'éclair. Une personne porteuse de la maladie n'en remarque rien ou très peu pendant cette période. Elle manifestera tout au plus des symptômes grippaux. Mais il en va autrement lorsque les parasites pénètrent dans les globules rouges et sont transportés par les vaisseaux sanguins. Ils provoquent des engorgements dans les petits vaisseaux et empêchent ainsi l'apport d'oxygène et d'éléments nutritifs aux organes. La victime souffre de maux de tête et de douleurs musculaires, suivis par de violents accès de fièvre. Si, en fin de compte, le parasite se loge dans le cerveau, les fonctions vitales s'arrêtent, jusqu'à ce que le patient tombe dans le coma et finalement décède. Un homme apparemment en bonne santé peut, un matin, travailler au champ et le soir, être mort. Une véritable histoire d'horreur.
Remèdes miracles | Au fil du temps, divers médicaments contre la malaria ont été développés. Toute personne qui s'est déjà rendue sous les tropiques a entendu parler de Paludrine, Nivaquine, Lariam ou Malarone. Le tout premier médicament a été mis sur le marché au début du siècle dernier: la quinine, obtenue à partir de l'écorce de quinquina. Mais ce médicament avait des inconvénients. Il n'était actif que pendant une courte période et en cas d'utilisation fréquente on pouvait voir apparaître de sérieux effets secondaires comme des pertes d'audition. Dans les années '40, on a mis au point le premier médicament synthétique, la chloroquinine, un médicament sûr et bon marché qui assurait une protection de longue durée contre tous les types de malarias. Quasiment en même temps, on a introduit le dichloro-diphenyl-trichloroethane, mieux connu sous le nom de DDT. Ces deux innovations ont été à l'origine d'une véritable révolution dans la lutte contre la malaria. C'est grâce à l'arrivée de ces "remèdes miracles" que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a pu lancer en 1955 le Programme mondial d'éradication du paludisme. Ce programme avait pour objectif l'éradication de la maladie dans les dix ans. Les maisons ont été désinfectées au DDT et la chloroquine administrée à grande échelle. On a rarement vu dans l'histoire une aussi grande campagne internationale de santé.
La malaria se maintient | Et tout cela a eu des résultats. Aux Etats-Unis par exemple, la malaria avait totalement disparue. Mais personne ne s'était attendu à ce que la maladie soit aussi résistante. Aux tropiques, elle semblait impossible à éradiquer. Lentement mais sûrement, les sources de revenus se sont taries. En 1969, il fut mis un terme au programme. Avec pour conséquence que la maladie a repris sa progression là où elle avait pourtant perdu beaucoup de terrain. De toute façon, la maladie s'est maintenue impitoyablement dans les régions d'Afrique où l'OMS n'avait démarré que des projets de petite envergure. De plus, l'usage du DDT fut interdit, à cause des dégâts causés à l'environnement. Par la suite, il s'avéra que les parasites étaient de plus en plus résistants aux divers médicaments. Ces parasites s'adaptent incroyablement rapidement et subissent constamment de nouvelles mutations. L'on peut dire aujourd'hui que pratiquement tous les médicaments synthétiques sont partiellement ou totalement inefficaces.
Une solution simple et bon marché: Nouvelles initiatives | Entre-temps, il est question d'une véritable crise. Dans de nombreux pays tropicaux, le nombre de cas de malaria a augmenté pour diverses raisons dont une lutte inefficace contre la malaria, la migration et des soins de santé médiocres. L'effet n'est pas seulement dévastateur sur les familles et les communautés, il l'est aussi sur le développement économique de l'Afrique. Une économie nationale saine dépend en grande partie de la santé physique des habitants d'un pays. De plus en plus de gens veulent enrayer l'épidémie. C'est pourquoi, entre autres, l'OMS a donné la plus haute priorité à la lutte contre le paludisme et les fonds versés pour la lutte contre la malaria, entre autres par ExxonMobil, ont doublé depuis 2003. La coopération internationale, indispensable dans la lutte contre cette maladie, a fortement augmenté. L'initiative Roll Back Malaria (RBM) est un exemple d'accord de coopération internationale qui s'est donné pour objectif de réduire de moitié d'ici 2010 les conséquences de la malaria (voir encadré 'Africa health initiative'). Les parties participantes veulent combiner toutes les stratégies antimalariennes existantes pour combattre la maladie, que ce soit par des plantes chinoises traditionnelles, des moustiquaires ou encore des insecticides et des cocktails médicamenteux. Ce sont souvent des moyens simples combinés à des actions médicales rapides qui peuvent sauver de nombreuses vies.
Un espoir pour le futur | Beaucoup fondent leurs espoirs sur le médicament ultime: un vaccin qui immuniserait chaque personne contre le parasite mortel. Malheureusement le développement de ce remède semble particulièrement difficile. Un vaccin contre la malaria ne peut pas se comparer à un vaccin contre des bactéries ou des virus, car ces derniers sont des organismes relativement simples. <Un monde sans malaria est un monde avec moins de souffrance humaine.> Le virus de la polio, par exemple, est composé de neuf gênes, le Plasmodium falciparum en comporte plus de cinq mille. Cette complexité combinée à la rapidité avec laquelle le parasite s'adapte à de nouvelles conditions font de la recherche du vaccin une quête périlleuse. Mais cela en vaut quand même la peine. Un monde sans malaria est un monde avec moins de souffrance humaine et plus de progrès socioéconomique. Qui pourrait s'opposer à cette idée? |