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De nuages noirs au-dessus de la raffinerie d'exxonmobil

Les pays-bas s'exercent:
Operatie Voyager

Mercredi matin, 3 octobre, toutes les opérations dans la raffinerie ExxonMobil au Botlek à Rotterdam se déroulent comme de coutume et la journée promet d'être calme et sans surprises. Mais soudain, vers midi cinq, la sirène retentit sur le terrain de la raffinerie. C'est un bruit obsédant qui n'augure rien de bon. Tous les gens dans la raffinerie et dans l'usine d'Aromatique voisine doivent cesser le travail et se rendre vers un lieu sûr. Lentement, l'on apprend ce qui s'est passé. Sous la menace d'armes à feu, des hommes masqués se sont introduits sur le terrain de la raffinerie et ils ont pris quelques personnes en otage. "Voyager" a commencé.

TEXTE SYLVIA VAN TETERING-WÜNER | PHOTOS FOTO TOM KROEZE

Vers midi moins quart, un camion pick-up arrive à l'entrée principale suivi de près par un camion-citerne. Deux personnes masquées et armées tirent quelques coups de feu, courent dans la loge du portier et obligent le portier à lever la barrière du terrain. A toute allure, les deux véhicules entrent dans le site protégé d'ExxonMobil. En chemin, ils prennent deux ouvriers en otage. Le portier, complètement dépassé, donne l'alarme générale et le Emergency Response Plan entre en action. Tous les membres de l'équipe de crise, dont les directeurs locaux, les fonctionnaires de la sécurité et les représentants du service du personnel, du service juridique et du département de la communication se hâtent vers les différents centres de crise à Rotterdam et à Breda, où est situé le bureau central d'ExxonMobil. Extérieurement, tout le monde a l'air calme et se maîtrise, mais un sentiment d'insécurité et de tension règne dans la raffinerie d'habitude si calme et sûre.

Jan Degeling, le directeur de la raffinerie,
avec l'équipe COPI.

Fiction ou réalité? | Est-ce le début d'un reportage sur une journée noir dans l'existence d'ExxonMobil? Ou est- ce un exercice? Le 3 octobre, heureusement, il s'agissait d'un exercice. De tels opérations ont lieu régulièrement et se rapprochent parfois de façon lugubre de la réalité. Il y a deux ans, un exercice similaire a été organisé à l'Arena à Amsterdam sous le nom de code Bonfire. Cette fois, c'est le port de Rotterdam qui avait été choisi comme décor pour un exercice de crise national, qui avait à nouveau été mis sur pied par la Direction Gestion de Crise du Ministère des Affaires Intérieurs, en collaboration avec la Commune de Rotterdam. Nom de code: "Voyager".

Le scénario gardé bien secret jusqu'alors commence par une collision entre un bateau conteneur avec un chargement chimique et un bateau de tourisme rempli de passagers qui participent à un congrès international qui a lieu dans la ville portuaire. Cette collision provoque une fuite dans le chargement chimique et cause des blessés et de la panique chez les navigants. Lorsqu'en plus un incendie éclate, la panique est complète et le chaos n'est plus à éviter. Des dizaines de personnes appellent à l'aide depuis le bateau de plaisance sur lequel est tombé un conteneur en feu du navire. Les secours sont vite en route et bientôt les quais sont remplis d'ambulances et de voitures de pompiers et de police. Et comme si tout cela ne suffit pas pour un exercice, le scénario se poursuit avec une attaque de terroristes dans la raffinerie d'ExxonMobil, avec laquelle nous avons entamé cet article.

Transmettre des images et de l'informaiton actuelle.

Breaking News! | Entre-temps, les médias ont déjà eu vent des événements. Breaking News! Les reporters et les équipes de cameramen arrivent en masse. La commune de Rotterdam a les mains pleines avec cette situation de crise. Sur un circuit de télévision interne, une présentation de presse est visible en permanence, avec un présentateur que les Néerlandais connaissent bien du journal télévisé. De célèbres talking heads, également engagés pour l'occasion, donnent leur vision sur les événements catastrophiques dans le Lekhaven.

Finalement, tout se termine relativement bien. Relativement, car sur le bateau de tourisme, il y a des morts et des blessés à déplorer suite à la collision dans le port. Bien, parce que les secours se sont organisés très rapidement et que dans des circonstances difficiles toutes les victimes ont pu être débarquées. Dans la raffinerie, après concertations, il est finalement décidé d'engager la Brigade d'Intervention Spéciale (BIS), une unité d'assistance spéciale de la police et de la défense qui entre en action dans ce genre de situation extrême. Ainsi, de plus grandes catastrophes sont évitées pour la raffinerie et les environs.

Le déroulement de l'exercice est suivi avec attention.

Environ 2000 dirigeants, fonctionnaires et secouristes ont participé à l'exercice. Des centaines de personnes ont joué le rôle de victime ou de public. Il a été fait appel à toute la colonne de secouristes et de dirigeants, du sapeur pompier au ministre. Chez ExxonMobil, quelques dizaines de collaborateurs ont été en effervescence toute la journée. Dirk Griffioen, Supervisor Fire Protection & Security chez ExxonMobil, a coordonné les opérations sur le site de Rotterdam, depuis la préparation jusqu'à l'exécution. Il s'est occupé de questions tels que le meilleur endroit pour l'exercice, comment veiller, avec ce scénario particulier, à suivre malgré tout les règles, etc. Et comme on peut s'y attendre, chez ExxonMobil, la sécurité est primordiale, même en cas d'exercice. Tous ceux qui ont participé à l'exercice et qui ont accédé au terrain d'ExxonMobil ont d'abord dû suivre une instruction de sécurité donnée par Dirk lui-même. Cela valait donc également pour l'unité d'intervention spéciale. Et pour toute certitude, il a encore veillé à des observateurs de sécurité sur le terrain. Car en cas d'exercice, Nobody Gets Hurt est tout autant d'application.

Concertation avec l'Emergency
Operating Centre (EOC).

L'importance d'exercices | Pourquoi faut-il que de tels exercices de catastrophes gigantesques aient lieu? Et quel est le sentiment des autorités envers la collaboration avec Exxon- Mobil? Marieke de Vries et Ruub Petow, tous deux employés au Service de Gestion de Crise du Ministère des Affaires Intérieures, nous donnent la réponse. Dans le cadre de Voyager, ils étaient responsables des contacts avec les partenaires externes.

<L'unique à Voyager était que réellement tout le monde, du
pompier au ministre, était impliqué dans l'exercice>

"Lorsqu'une grande catastrophe a lieu, il est important que chacun sache ce qui est attendu de lui", explique Marieke. "Lors d'un exercice, tout le monde a la possibilité d'appliquer la théorie en pratique et toutes les procédures et les méthodes de travail sont testées en détail. L'unique à Voyager était que réellement tout le monde, du pompier au ministre, était impliqué dans l'exercice."

Dirk Griffioen (à g.), Marieke de Vries et
Ruub Petow se concertent durant l'exercice.

Ruub ajoute: "Pour pouvoir tester toutes les disciplines, il était nécessaire que l'exercice réponde à certains critères. Pour commencer, il fallait que la catastrophe dépasse les responsabilités régionales et qu'elle ait donc un impact national. A ce propos, tenant compte de son importance pour l'économie néerlandaise, le port de Rotterdam était un bon choix comme lieu pour la crise. De nombreuses entreprises dans la zone portuaire auraient pu servir de décor pour Voyager, mais nous étions heureux de pouvoir travailler avec ExxonMobil, parce que cette entreprise est habituée à organiser régulièrement des exercices de crise. De ce fait, les préparatifs se sont déroulés sans problèmes."

Ton Jeen (à d.) en conversation avec un cameraman.

Tester les plans | L'appréciation fut mutuelle. "Nous étions agréablement surpris lorsqu'il nous a été demandé de collaborer à Voyager", raconte Ton Jeen, Safety Health & Environment Manager chez ExxonMobil. "Un exercice d'une telle ampleur offre toutes sortes de possibilités. Bien sûr, les plans de crise internes sont testés, mais ce sont surtout les contacts avec des tiers qui sont intéressants. Les connaissances et l'expertise sont partagés, une chose dont profitent toutes les parties, car lors d'une véritable situation de crise, on a fort besoin l'un de l'autre. Les préparatifs avec les autorités et les services de secours se sont bien déroulés. Des accords précis avaient été conclus concernant les endroits et le matériel à utiliser. C'était aussi une expérience unique de pouvoir, en tant qu'ExxonMobil, participer à un exercice national, dans lequel non seulement les services de secours opérationnels des autorités jouaient un grand rôle, mais également de nombreux fonctionnaires haut placés et des politiciens, tes que le ministre Ter Horst et le ministre-président Balkenende."

Tout s'est donc parfaitement déroulé durant Voyager? "Bien sûr que non", répondons-nous spontanément. Des exercices servent justement à détecter des erreurs structurelles et occasionnelles, afin que, si malheureusement une véritable catastrophe arrive, l'on puisse réagir plus efficacement à la situation de crise. Généralement, la communication et le partage des tâches et des responsabilités entre les différents intéressés sont les points sensibles lors d'une crise. Voyager ne fut pas une exception. A nouveau, des leçons ont été tirées, qui espérons-le, ne devront servir en pratique que lors d'un prochain exercice de crise.

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