Dépendance mutuelle
Le 12 novembre s'est déroulé à Rome le congrès mondial de l'énergie. Cet événement, qui est organisé tous les trois ans par le World Energy Council (Conseil Mondial de l'Energie) avait cette année un thème qui cadre fort bien avec les événements actuels dans le marché de l'énergie: l'avenir de l'approvisionnement en énergie dans le monde qui se caractérise par une dépendance mutuelle. Un des orateurs était le président d'ExxonMobil, Rex W. Tillerson, qui a abordé ce sujet avec plaisir. Il semble en effet que les pays qui possèdent les plus grandes réserves de pétrole perdent parfois de vue que d'une part leurs clients dépendent d'eux pour leur approvisionnement en énergie, mais que d'autre part eux-mêmes dépendent de leurs clients pour leur prospérité.
Tillerson n'a pas cité de nom, mais le Financieele Dagblad, qui a largement commenté son allocution dans un article paru le lendemain du congrès, voyait une référence à peine voilée vers la Russie dans la remarque suivante de Tillerson que "dans certains pays exportateurs d'énergie, le nationalisme énergétique prend la forme d'une ambition de devenir une 'superpuissance énergétique'". Les derniers temps, la Russie a en effet considérablement compliqué la vie à plusieurs compagnies pétrolières privées ayant des intérêts dans ce vaste pays en modifiant unilatéralement les conditions contractuelles.
Le président d'ExxonMobil a souligné que le nationalisme énergétique est tout simplement dangereux et en premier lieu pour les pays producteurs eux-mêmes. Selon Tillerson, comme le cite le journal professionnel néerlandais, les populations locales des pays producteurs de pétrole et de gaz en sont les premières victimes. En raison de la production inférieure de pétrole, ils perdent des revenus et l'on investit moins dans les économies locales.

Le FD a signalé que Tillerson plaide pour une ouverture et le fonctionnement du marché. Il a rappelé à son auditoire que ce sont toujours les marchés libres et les solides liens de collaboration internationale qui ont libéré le capital et la créativité des industries énergétiques. "C'est dans un environnement de marché libre que les technologies prometteuses l'emportent."
Les prix élevés du pétrole et l'inquiétude au sujet de la dépendance énergétique ont donné toute leur importance aux discussions sur l'épuisement des réserves pétrolières. Tillerson y a également fait référence dans son speech lors du congrès mondial de l'énergie, tout en soulignant qu'il y a suffisamment de réserves de combustibles fossiles pour répondre à la croissance de la demande en énergie, si les entreprises concernées y reçoivent accès.
La revue économique et financière flamande Trends s'est largement étendue à ce sujet dans un article de fond. Il contenait outre des citations du speech de Tillerson, une déclaration surprenante d'Abdallah Ju'mah, le président d'Aramco, l'entreprise d'état saoudienne, qui a étonné l'assistance à Rome en affirmant "qu'avec la consommation d'énergie actuelle, nous avons encore assez pour 200 ans". Ou, pour citer Peter Odell, l'éminence grise du marché du pétrole: "La réserve d'énergie n'est pas une question de géologie, mais une question de demande de pétrole".
En bref: il y a suffisamment de pétrole, mais d'où vient alors cette inquiétude? Selon le Trends, le problème se trouve dans les lieux d'extraction. "Les groupes pétroliers occidentaux classiques ne sont en somme que des petits acteurs sur le marché international de l'énergie. ExxonMobil, le plus grand de la série, ne livre pas plus de deux pour cent du besoin mondial global en énergie". "Donc", dit l'article, "le monde entier se demande si les compagnies nationales, qui gèrent la majeure partie des réserves, investissent suffisamment". Selon le Trends, "l'offre et la demande dépendent de plus en plus des décisions politiques des autorités non-occidentales. Et savoir s'ils désirent et surtout s'ils sont en mesure de produire suffisamment de pétrole pour approvisionner le monde en suffisance à des prix acceptables reste un point d'interrogation."
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