Une fondation de Breda met les sans abris au travail
Etre sans-abri n'est pas un choix
Il y a vingt ans, ExxonMobil a posé ses valises à Breda et y a construit son centre pour le Benelux. Ce quatrième lustre fut l'occasion de faire une donation à une organisation qui aide des gens à pouvoir déposer leurs valises. La fondation Maatschappelijk Opvang Breda e.o. (SMO) dispose enfin d'un minibus permettant aux personnes plus éloignées du centre d'accueil 't IJ de participer aux activités de réinsertion.
TEXTE JOKE HENSEN | PHOTOS WILLEM BLAUW

Bien qu'on ne s'y attende pas, le bureau central de SMO Breda est situé dans les environs de Baarle Nassau, à environ 15 kilomètres du centre de Breda. L'imposante villa se trouve sur le terrain du Gaarshof, un des lieux d'hébergement dont dispose SMO. Nous y trouvons également l'Atelier. Les entreprises peuvent confier des travaux simples à cet atelier. Ainsi, les clients de SMO acquièrent une expérience de travail. L'entretien du grand parc avec ses nombreux arbres et arbustes fournit aussi une occupation du temps utile à bien des habitants. En outre, plusieurs espaces créatifs et récréatifs sont à leur disposition. Le Gaarshof offre un foyer à des personnes qui ont quitté leur vie errante et qui désirent un meilleur avenir. Ils sont donc déjà plus loin que les sans-abri qui frappent au centre 't IJ, un centre d'accueil qui se trouve à Breda et qui accorde une aide primaire sous forme "d'un lit, d'un bain et de pain" aux personnes qui vivent en rue. La voiture remplit donc au littéral comme au figuré le rôle de pont entre le centre 't IJ et le Gaarshof.
Problématique complexe | Jacques Baeten est directeur de la réinsertion chez SMO et il travaille depuis longtemps dans le secteur social. Au fil de sa carrière, il a vu la composition de sa clientèle évoluer. "Il y a une trentaine d'années, c'étaient principalement des drogués qui frappaient à la porte du centre. Dans les années septante, un mouvement est né dans la psychiatrie qui était fort hostile à l'isolation des patients psychiatriques dans des centres fermés au milieu des bois. Pour certains patients, la sortie de ces murs signifiait un retour heureux vers la vie normale. Mais bon nombre ne pouvaient pas se tirer d'affaire en ville ou dans un village et ils aboutissaient fatalement en rue." Plus tard, presque la même chose s'est passée avec les soins aux personnes ayant des facultés intellectuelles limitées. On économisait sur les lits sans se demander si, dans un cadre de vie indépendante, le bien-être de ces personnes pouvait être garanti. Jacques Baeten: "La complexité des problèmes auxquels les sans-abri doivent faire face a ainsi énormément augmenté. L'image qu'il s'agit uniquement de drogués n'est plus de mise depuis longtemps."

Jacques Baeten: "Abandonner des gens
à leur sort coûte toujours plus cher
que de s'en occuper."
Le miroir de la peur | Etre sans-abri n'est pas un choix. Tout le monde court le risque de glisser vers le bas-côté de la société. Jacques Baeten en est convaincu. Il s'agit souvent de gens qui ne peuvent pas compenser leur manque d'outil. Il s'explique: "Tout le monde naît avec sa trousse à outils. L'un ne possède qu'un tournevis et une pince, l'autre possède encore un marteau. Dans la vie, on apprend à utiliser ses outils, si du moins on est suffisamment incité à relever des défis."
<Tout le monde naît avec sa trousse à outils>
A titre d'exemple, il cite un directeur qui avait été à la tête de sa propre entreprise. Il était toujours au travail. A la maison, tout était fait pour lui. Il n'avait jamais de temps pour ses enfants. Il était spécialiste dans certaines matières, mais malhabile dans d'autres. Tout allait bien, jusqu'au jour où sa firme a fait faillite et qu'il s'est retrouvé à la maison. Il s'est mis à boire, sa relation s'est brisée et finalement il est arrivé au centre d'accueil social. "Je pense que nous savons tous, au plus profond de notre âme, que cela peut également nous arriver. C'est pourquoi, il y a peu d'intérêt pour les sans-abri. Ils reflètent notre propre peur de rater et d'être abandonnés."

Faire appel aux qualités des gens.
Jadis, l'objectif du centre d'accueil social était surtout de donner un toit à ceux qui en avaient besoin. Il n'était pas attendu grand chose des personnes secourues. Aujourd'hui, c'est différent. Les gens qui n'ont rien à faire de la journée traînent en rue et provoquent des problèmes. Jacques Baeten: "J'acclame cette prise de conscience. Elle fait appel aux qualités des gens. Elle nous permet d'apprendre à nos clients à mieux utiliser les outils qu'ils possèdent. De ce fait, la vie reprend un sens pour eux. Mais parallèlement, cela contient un risque. Le travail, comme il est actuellement propagé par les autorités, est surtout du travail dans le sens économique du terme. En raison des besoins du marché, tout est mis en œuvre pour faire travailler ces gens. Mais si le climat économique change, ces gens sont souvent les premières victimes et leur situation empire encore. Il est possible d'éviter cela en créant du travail en dehors de la conjoncture économique, mais qui est tout aussi valable pour la société."
Créer un réseau social | Une autre tâche du centre d'accueil social est d'aider les clients à créer un réseau social. De nombreux sans-abri ont perdu le contact avec leur famille, amis et collègues. SMO recherche actuellement des bénévoles qui veulent se préoccuper d'eux et la fondation travaille à cet effet avec Humanitas, une organisation sociale spécialisée dans l'assistance individuelle. Il n'est cependant pas évident de trouver des personnes adéquates. Lieke Jansen, directeur de SMO, raconte: "Le 1er janvier 2007, la Loi sur le Soutien Social est entrée en vigueur. Cette loi se base sur l'idée d'une société civique. Le but est de créer un sentiment de responsabilité sociale chez les citoyens, indépendamment des autorités et du commerce. Les gens qui ont besoin d'aide doivent pouvoir faire appel en premier lieu à des personnes dans leur entourage Ce n'est que lorsque cela échoue, que les autorités entrent en action."

Lieke Jansen: "J'entends de plus en
plus de rumeurs que le droit
aux soins serait abandonné."
Outre le problème de trouver suffisamment de personnes proches des sansabri, il y a en général peu de bénévoles prêts à aider cette catégorie de personnes. "Cela provient probablement de l'image négative qui colle à ce groupe cible. De plus, tout le monde n'est pas apte à ce travail. Il faut une patience d'ange pour remporter généralement des petits succès. L'on est d'ailleurs souvent confronté à des personnes qui ont de toutes autres normes et valeurs. Cela exige une grande connaissance de soi-même."
Collaboration du secteur public et privé | Il arrive pourtant régulièrement que des particuliers, des entreprises et des quartiers se soucient du sort de ce groupe. La donation d'ExxonMobil en est un exemple. L'idée de cette attribution est venue d'un collègue d'ExxonMobil, qui est lui-même membre de la direction d'une organisation- sœur de SMO. Un autre exemple est le projet d'une école de Breda. Les enfants avaient comme mission d'étude d'organiser une activité pour offrir un moment de bonheur à des défavorisés. Ils sont venus chercher des clients du centre 't IJ en bus sponsorisé et ils les ont conduits au stade de football du NAC. Les sans-abri étaient également invités à un repas préparé par les écoliers eux-mêmes. Actuellement, cela se passe sporadiquement, mais Ben Pruijn, responsable des processus primaires au sein de SMO, s'attend à un changement.

Ben Pruijn: "Dans la lutte pour attirer
des bénévoles, nous sommes perdants
en raison du manque d'attirance
pour les sans-abri."
"Pour que les soins restent payables à l'avenir, l'on fera plus souvent appel à des moyens particuliers via des collectes de fonds. Mais l'importance de la collaboration entre le public et le privé augmentera également. Pour les entreprises, c'est une occasion de concrétiser l'entreprise citoyenne. Et ne sous-estimez pas le poids des connaissances du secteur privé dans le développement de nouvelles méthodes de soins. Le Centre Médical Máxima à Eindhoven s'est par exemple engagé avec la branche hôtelière à améliorer la qualité d'un séjour à l'hôpital. L'hôtel de soin est également en développement. Traduit vers ExxonMobil, on pourrait songer à la combinaison d'une pension pour travailleurs temporaires d'Exxon- Mobil avec une infrastructure pour sansabri. En collaboration avec une école, une telle pension pourrait être un endroit où tant les habitants que les étudiants acquièrent une expérience de travail. A cet effet, il est nécessaire que nous investissions à fond dans de bonnes relations avec la vie professionnelle. C'est notre mission pour les années à venir."
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