Editorial
L'apect périlleux des prévisions

Mark Twain (1835-1910), écrivain et humoriste américain, aurait dit un jour qu'il était difficile de prédire, surtout lorsqu'il s'agissait de l'avenir. Outre une boutade intelligente, c'est une vérité évidente. Toutes les prévisions, à l'exception (de la plupart) des prévisions du temps, ont en commun qu'elles ne se réalisent pas (tout à fait). Et malgré cela, nous n'arrêtons pas d'en faire concernant le climat, la bourse, les élections, les développements économiques et de plus en plus, car l'inquiétude augmente, concernant notre approvisionnement futur en énergie.
Des institutions telles que l'Agence Internationale pour l'Energie et la Commission européenne s'occupent de cette dernière. Certaines entreprises également. ExxonMobil publie déjà depuis des décennies un Energy Outlook. L'édition la plus récente de ce rapport contient, outre des analyses des développements démographiques et économiques, une description quantitative et qualitative détaillée sur le développement de la gestion mondiale de l'énergie jusqu'en 2030.
Poursuivant sur l'affirmation de Mark Twain, il est intéressant de placer les rapports d'énergie des dernières années les uns à côté des autres. Leurs rédacteurs doivent-ils corriger leur vision sur l'avenir? La réponse est oui et ils le font. En d'autres mots, les analystes admettent implicitement que leurs prévisions antérieures ne sont plus (entièrement) correctes. Cela nous incite bien sûr à poser la question suivante: pourquoi se donnent-ils alors tant de peine?La réponse est simple: parce que nous ne pouvons pas nous passer de prévisions d'avenir. Chaque décisionnaire, qu'il s'agisse d'un entrepreneur, d'un dirigeant ou d'un politicien, sait qu'il est irrespon-sable de prendre d'importantes décisions concernant des investissements, des lois, des mesures gouvernementales et autres sans prévoir, donc sans se pencher sur le futur. Et cela ne peut se faire sérieusement qu'en se basant sur des faits et des chiffres vérifiables, donc sur le présent.
Traduit vers la politique énergétique, cela signifie que sur base des circonstances actuelles, nous devons constater que durant les prochaines décennies, nous resterons en majeure partie dépendants des combustibles fossiles, si nous voulons du moins continuer à satisfaire la croissance rapide des besoins en énergie de la population mondiale. Tout autre conclusion est en ce moment du wishful thinking. Cela ne signifie naturellement pas que les circonstances et les attentes qui sont à la base de ces prévisions ne peuvent pas changer. C'est pourquoi les décisionnaires et les investisseurs auront besoin l'an prochain et les années qui suivent de nouvelles estimations bien fondées afin de pouvoir prendre des décisions judicieuses.
En somme, qu'est-ce qui a changé les dernières années? Comparons à cet effet les deux derniers pronostics d'énergie d'ExxonMobil. Nous constatons que dans le Energy Outlook de 2007, les sour-ces d'énergie renouvelables (le vent, le soleil et les biocarburants) grandissent plus rapidement que dans l'édition de 2006. C'est surtout le résultat d'interventions gouvernementales, avantageant finan-cièrement les "alternatives durables". L'efficacité énergétique augmente également de façon considé-rable, mais cela est dû en premier lieu, outre aux mesures de stimulation, au progrès technique. Vous trouverez des exemples remarquables à ce sujet dans deux articles de cette revue. L'article page 14 explique comment la branche chimique d'ExxonMobil produit depuis peu un nouveau type de film en matière synthétique qui permet une amélioration énorme de l'efficacité et de la capacité des nouvel-les générations d'accumulateurs, les batteries au lithium-ion. Conséquence: des voitures écologiques, électriques et hybrides pourront conquérir toute seule, sans aide du contribuable, leur place sur le marché. En page 21, vous lirez comment une nouvelle sorte de caoutchouc a été découverte qui garde la pression exacte des pneus de voitures qui consomment ainsi bien moins de carburant.
Que cela serait possible aujourd'hui, nous l'ignorions encore hier.
Anton Buys, rédacteur en chef
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