Echange de tours pour de plus hautes marges
L'usine d'aromatiques a rotterdam investit
L'usine d'aromatiques d'ExxonMobil au Botlek est actuellement le théâtre d'importantes rénovations. Quelques colonnes de distillation, des "tours", reçoivent une autre fonction. Un nouveau réacteur et une tour moderne s'y ajoutent. Ces changements permettront à l'usine de produire plus de paraxylène de haute valeur et elle consommera moins d'énergie. Un investissement malin qui maintiendra l'usine concurrentielle.
TEXTE ANTON DUISTERWINKEL PHOTOS KEES STUIP
Maarten ten doesschate aime servir un verre de limonade à ses hôtes. Car elle provient d'une bouteille en PET et la croissance de l'utilisation du plastique PET est le moteur du grand investissement dans "son" usine. Maarten ten Doesschate est le plant manager du Rotterdam Aromatics Plant, RAP, d'ExxonMobil au Botlek. Cette usine fabrique du paraxylène, la matière première du PET qui sert donc entre autres à fabriquer des bouteilles en plastique et des fibres, c'est-à-dire du textile.

"En Europe, l'on traite chaque année 4 pour cent de PET en plus et, dans le nous confie le plant manager. Un peu partout dans le monde, des usines de paraxylène sont construites et ExxonMobil tente également de grandir là où c'est économiquement justifié. Pas par des constructions neuves, en Europe c'est à peine justifiable en raison du coût élevé, mais en augmentant considérablement la capacité des usines existantes. Maarten ten Doesschate: "Nous pourrons bientôt produire 140.000 tonnes de paraxylène en plus chaque année". Cela suffit tout juste pour suivre la croissance européenne pour un an. Le RAP possède deux usines pour séparer du paraxylène. Dans l'une d'elles, lors d'un entretien, on a incorporé récemment un nouveau tamis moléculaire. "Cela nous permet d'augmenter sérieusement la production sans investissements supplémentaires", explique le plant manager.
Contenu impressionnant | Avant de pouvoir séparer du paraxylène, il faut le fabriquer. Pour cela, il fallait entre autres une nouvelle tour, qui a été construite en Allemagne. Ce mastodonte de plus de 60 mètres de haut a descendu le Rhin mi-juin. "Le plus remarquable à la nouvelle tour ne sont pas ses dimensions, mais son contenu", raconte Pim Krom, manager technique du RAP. A l'intérieur, il y a une paroi que l'alimentation doit franchir par au-dessus ou par en dessous pour rejoindre la sortie où s'écoulent les différents produits. Pim Krom: "Cette tour combine ainsi plusieurs séparations en une seule. Il ne faut ainsi plus qu'une colonne au lieu de trois, ce qui est bien sûr un investissement plus efficace."

<La consommation totale d'énergie baisse d'environ dix pour cent par tonne de produit>
De plus, la chaleur peut ainsi être facilement réutilisée. Maarten ten Doesschate: "Alors qu'actuellement nous chauffons l'air extérieur, bientôt nous mettrons la chaleur résiduelle d'une usine existante à profit de façon utile. La consommation totale d'énergie baisse d'environ dix pour cent par tonne de produit et c'est là une des grandes motivations de ce projet, car non seulement c'est bon pour l'environnement, mais cela se traduit directement par un coût inférieur par tonne. C'est ainsi que l'on est concurrentiel sur le marché.
Chiper et coller | Un nouveau réacteur va convertir le toluène en benzène et en paraxylène. Pim Krom: "Cette réaction se déroule d'une manière particulière, sans ajout de produits, avec un catalyseur développé par ExxonMobil elle-même." Le catalyseur chipe un petit morceau de la molécule de toluène de sorte qu'il reste une molécule de benzène. Ensuite le catalyseur colle ce petit morceau sur une autre molécule de toluène et cela devient une molécule de paraxylène. Ten Doesschate: "L'avantage de cette méthode est que nous pouvons utiliser des molécules à nous, de notre raffinerie. Nous restons ainsi indépendants des autres."
L'usine va donc produire plus de paraxylène et plus de benzène, deux matières premières utiles pour l'industrie chimique. Avec du benzène, on fabrique par exemple du polystyrène. Le toluène est également un produit utile; c'est un solvant renommé pour les colles et la matière première de nombreux produits chimiques. Mais le toluène n'a qu'une faible marge. "Les marges sur le paraxylène sont bien supérieures", déclare Maarten ten Doesschate pour motiver toutes les conversions dans l'usine. Les clients font la file pour ce produit.
En service l'an prochain | Le projet d'adaptation de l'usine est déjà pleinement en route. Les fondations sont placées, les détails de la conception sont presque prêts et toutes les grandes pièces d'equipment sont installées ou commandées. La plus grande pièce est la nouvelle tour qui a déjà été redressée. Durant le dernier grand entretien et l'inspection de l'usine, plus de cent nouvelles connexions ont déjà été réalisées. Elles permettront de convertir l'usine le plus rapidement possible l'an prochain. Les usines de paraxylène continuent simplement à tourner.

Maarten ten Doesschate, le directeur de l'usine,
serre le premier boulon de la nouvelle tour.
Mais en raison du changement de fonction de certaines colonnes, une partie de l'usine sera arrêtée durant une semaine Malgré que cette réutilisation ait réduit les investissements au maximum, il s'agit tout de même d'un projet de plusieurs dizaines de millions d'euros. Pim Krom: "Aux moments de pointe, je pense qu'il y aura près de trois cents personnes à l'œuvre pour ce projet". Trente à cinquante collaborateurs d'ExxonMobil, une vingtaine du bureau d'ingénieurs, à d'autres endroits quelque cinquante personnes qui réaliseront les dessins des constructions et puis bien sûr les personnes qui doivent construire l'usine. Il faut poser un grand nombre de conduites supplémentaires pour continuer à utiliser les anciennes tours sans les déplacer. "Pour les construire, nous aurons besoin de près de 200.000 mètres cubes d'échafaudages", nous confie Jaap timmers, le chef de projet.

Ici et ailleurs | Pourtant, il ne faut pas se perdre dans les nuages. "Nous nous sommes retrouvés chez un fournisseur en Inde entre des dizaines de grandes pompes pour la nouvelle usine d'une autre entreprise et nous voilà avec nos cinq pompes pour une adaptation", explique Jaap Timmers pour démontrer la différence entre les projets d'ici et d'ailleurs. "En Inde, ils construisent une usine entièrement neuve qui sera deux à trois fois plus grande que la nôtre actuellement", nous dit Maarten ten Doesschate. "Cela est rentable dans ce pays et pas uniquement en raison des salaires moins élevés. Le principe de travail y est totalement différent. Les usines ne doivent pas être rentables de façon indépendante, si sur toute la chaîne du pétrole brut jusqu'aux vêtements, l'on réalise du bénéfice. Chez ExxonMobil, chaque étape du processus doit produire suffisamment de bénéfices, tout comme chaque investissement."
"Nous avons réussi ce tour de force du fait que nous pouvons utiliser nos propres molécules, économiser sur nos frais d'énergie et réutiliser intelligemment nos installations existantes", résume Pim Krom. De cette façon, il est possible non seulement de maintenir la production en Europe, mais même de l'accroître sérieusement. Maarten ten Doesschate déclare fièrement: "Nous avons grandi de 300 kilotonnes d'aromatiques par an en 1964 vers 1800 kilotonnes en 2008". Ainsi le RAP est et reste une des plus grandes usines de paraxylène au monde.
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