Editorial
Avis de recherche: croissance, marché libre et collaboration

Le monde n'a jamais manqué de prophètes de mauvais augure. Depuis le début de notre ère, de nombreux prêcheurs ont prédit que les quatre cavaliers de l'Apocalypse pouvaient se pointer à tout moment à l'horizon.
Jusqu'à présent, l'histoire leur a donné tort, mais cela n'a pas empêché des générations successives de pessimistes de partager leurs messages ténébreux sur l'avenir du monde avec le reste de l'humanité. D'accord, tout ne va pas bien sur notre planète. Dans un rapport récent des Nations Unies, The Millennium Goals Report 2007*, nous lisons que par an, plus d'un demi-million de femmes meurent durant leur grossesse ou lors de l'accouchement. Des dizaines de millions d'enfants souffrent de sous-alimentation chronique. La moitié de la population dans les pays en voie de développement n'a pas accès aux installations sanitaires les plus élémentaires. La santé publique est précaire dans de grandes parties du monde. Des maladies telles que la malaria et le sida continuent à exiger un tribut inacceptable.
Dans ce contexte de désolation, il est difficile de convaincre que l'humanité ne s'est encore jamais si bien portée. Et pourtant, nous le constatons sur base de ce même rapport des NU. Quelques extraits: jamais encore, le nombre de gens vivant en extrême pauvreté n'a été si bas (un tiers de la population mondiale en 1990 contre un cinquième en 2004). De plus en plus d'enfants bénéficient de l'enseignement de base (plus de 88 pour cent en 2005). Et la mortalité infantile a diminué dans le monde entier.
Curieusement, les objectifs du millénaire ne disent pas un mot sur l'énergie. Et ce, alors que l'approvisionnement suffisant en énergie est une condition indispensable pour le maintien de la prospérité chez nous et pour la lutte contre la pauvreté ailleurs. Malheureusement, les derniers temps, le ton à ce sujet est également donné par les observateurs pessimistes. Nous serions la proie d'une crise énergétique insidieuse. La preuve: les prix élevés du pétrole et la peine que doivent se donner les compagnies pétrolières pour extraire suffisamment de pétrole du sol.
Cette analyse est-elle correcte? Pour répondre à cette question, regardons la quantité de pétrole et de gaz dans le monde. Elle suffit pour des décennies encore, même si la forte croissance que connaissent (heureusement) les économies émergentes se poursuit. Un autre facteur essentiel est l'accessibilité aux réserves. Une affirmation fréquente est que l'ère du "pétrole facile" est terminée. Cet avis ne tient cependant pas compte du fait que la technologie évolue. Auparavant, il était au moins aussi difficile qu'aujourd'hui d'extraire du pétrole et du gaz. C'était déjà un véritable exploit de forer à 100 mètres sous le niveau de la mer. Actuellement, on s'étonne à peine d'une profondeur de 1500 mètres. En bref, les réserves existent, tout comme la technologie pour les extraire. Mais nous savons tous que l'énergie n'est pas seulement une question de marché et de technologie. Des facteurs économiques et politiques jouent également un rôle prépondérant. Pour garantir l'approvisionnement en énergie aujourd'hui et à l'avenir, les pays qui possèdent des réserves de pétrole (et de gaz), les entreprises particulières et les consommateurs d'énergie doivent collaborer intensément pour mettre efficacement les amples réserves sur le marché mondial. "Quitter la politique de croissance, de marché libre et de collaboration pour une politique de nationalisme énergétique est carrément dangereux", a fait remarquer Rex Tillerson, le président-directeur d'ExxonMobil, lors d'un récent forum économique organisé à Saint-Pétersbourg en Russie. "Ce n'est qu'en unissant les forces des différents acteurs du marché énergétique que nous pourrons vaincre les défis de l'énergie à l'avenir."
Si cela se passe, les pessimistes de l'énergie iront aussi loin que ceux qui ont prédit la fin imminente du monde tout au long des 2000 ans écoulés.
Anton Buys, rédacteur en chef
* En 2000, les Nations Unies ont convenu de huit objectifs du millénaire pour 2015, allant de la diminution de moitié du nombre de gens vivant dans la pauvreté extrême jusqu'à la protection de la biodiversité.
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